
Il y a deux événements qui ont contribué à modifier considérablement le visage médiatique.
1. La création des chaînes continues d'information ;
2. Les tristes événements du 11 septembre 2001.
Depuis, la qualité de l'information s'est dégradée. Depuis, les médias misent sur le drame et l'insécurité car cela captive les auditoires. Depuis, on mise sur le commentaire et l'opinion car il n'y a plus assez de nouvelles, d'informations, donc de faits, pour meubler l'interminable temps d'antenne. Les médias font maintenant du divertissement ou encore "spinnent" sur du vent.
Samedi dernier, le journal "The Gazette" (Montréal) publie des supposées fuites des conclusions du rapport de la Commission Bouchard-Taylor, qui ne doit sortir que le vendredi suivant. On y apprend que les Canadiens-français devraient faire davantage des efforts pour comprendre les immigrants et même apprendre la langue anglaise. Évidemment, une telle "nouvelle" a l'impact d'un électrochoc.
Durant la journée, tous les médias reprennent la "nouvelle". Le lendemain, tous les journaux l'utilisent à la Une. On entend alors les experts qui se prononcent, qui émettent leurs opinions. On apprend également que l'information obtenue par "The Gazette" n'est finalement pas une conclusion du rapport, qu'il s'agit en fait d'un simple élément du rapport, probablement sorti de son contexte, que finalement l'essence des recommandations s'avère beaucoup plus globale, du moins selon certains intervenants ayant participé directement au processus.
Bref, on fabrique de l'information avec quelques phrases d'un rapport qui n'est pas encore publié. On "spinne" sur des hypothèses, des opinions, des commentaires, avant même que le rapport ne sorte. Wow ! Ça c'est de la qualité ! Est-ce qu'il serait si difficile d'attendre au moins que le christ de rapport soit publié avant de se prononcer sur la question ?
Autre exemple : le meurtre de Nancy Michaud. Dimanche soir, le cadavre que la police vient à peine de découvrir est encore chaud que déjà, les "experts" de toutes sortes émettent des hypothèses. L'enquête commence à peine ! À ce stade-ci, on ne sait rien !
Et pour mousser le drame, on questionne le maire du village et le préfet de la MRC qui versent des larmes en direct. Bref, un ostie de bon show !
Lundi soir, un journaliste de TVA se promène de maison en maison pour vérifier si les citoyens de Montréal (c'est loin de la scène du crime ça !) verrouillent leur porte suite à ce meurtre crapuleux. Un autre ostie de beau show. Après ça, on s'étonnera que les annonceurs de nouvelles et certains journalistes soient en nomination au gala Artis.
Dernier exemple sur la qualité de l'information : la semaine dernière, un journaliste de la radio de la SRC en Abitibi-Témiscamingue fait un reportage sur le taux de suicides dans la région. Selon ses chiffres, 30% des Témiscabitibiens se suicident. 30% ! Près d'un citoyen sur trois ! Évidemment, le taux doit tourner davantage autour de 30 pour 100 000. Aucune réaction, aucune correction.
4 commentaires:
Cela semble être arrivé sans même que je m'en rende compte. Je sais qu'une dame Michaud fut victime d'un meurtre. Je ne connais pas cette bonne-femme et ça ressemble à un fait divers. Quel intérêt? Clic (off), on fait autre chose.
Les médias conventionnels existent pour faire du fric et pour désinformer, ce qui est utile aux propriétaires. Les puissants contrôlent les médias, depuis toujours. Les journalistes sont là pour servir leur propriétaire.
Pourquoi s'obstiner à suivre les médias conventionnels? Il y a les faits, mais pour le reste, pourquoi perdre sa vie à écouter ces conneries? Pour s'amuser je suppose. Dans ce cas, pourquoi blamer les médias qui répondent à ce besoin?
Accent grave
Oui A.G., vous avez entièrement raison.
Alors pourquoi m'obstiner à regarder encore ce freak show ? Parce que je suis naïf. Parce que je vois des gens qui se lèvent le matin et la première chose qu'ils font, c'est de se brancher sur RDI et LCN, gober toutes ces "nouvelles" et croire que c'est vrai. Captifs, hypnotisés, ils ne posent aucune critique. Alors, le naïf que je suis croit qu'à force de gueuler, quelqu'un finira par comprendre et devenir plus critique.
Évidemment, je crie dans le désert. Oui, le naïf qui crie dans le désert ! Mais je crie. Sinon, il ne me resterait plus qu'à me tirer une balle dans le crâne.
Le besoin de s'informer, je le considère comme la marque d'une conscience sociale qui nous honore, une ouverture sur la société dans laquelle on vit et à laquelle on participe, qu'on le veuille ou non. Ce qui me désole le plus, c'est que les gens en général utilisent peu leur jugement et leur sens critique pour comprendre ce qui nourrit tout ça.
Les « ermites » de l'information, ceux qui ne veulent rien savoir de ce qui se passe dans le monde, en général, je ne les trouve pas très intéressants à côtoyer non plus. Ils n'ont conscience d'aucun phénomène social, humain, politique, économique, historique, etc., et ils se referment sur des futilités du quotidien qui n'intéressent qu'eux-mêmes. C'est tu mieux?
Évidemment qu'on nous vend de l'information en kit (ou la désinformation ou du prêt-à-penser avec du glamour ou du sensationnalisme, avec du sang et des larmes, des chiffres faramineux qui ne nous font même plus réagir) comme on nous vend tout le reste. Il faut faire preuve de discernement pour acheter uniquement ce dont on a vraiment besoin. Acheter, c'est voter, je ne suis pas la première à le dire et ça s'applique aussi dans le monde de la consommation de l'information et des médias.
À force de travailler dans ce domaine très vaste et plein d'avenir (!) des communications et relations de presse (régionalement, c'est bien assez) j'en ai vu tellement les dessous pas très propres que je ne leur confère plus aucune crédibilité mais j'en observe tous les mouvements pour mieux m'en distancier. J'en suis venue à décoder constamment (et c'est fatiguant, je vous jure) ce qui s'est produit en coulisses pour qu'on en arrive à ces topos de deux minutes qu'on peut voir et entendre en ondes.
Avec le cynisme qui est devenu le mien maintenant, au point où je ne pourrai plus faire ce métier encore longtemps, je ne saurais pointer du doigt le principal coupable : la population qui n'écoute que ça ou les médias qui ne leur offrent que ce qu'ils demandent, les cotes d'écoute faisant foi de tout.
Reste néanmoins que je constate avec effroi la multiplication effrénée des vendeurs de nouvelles qui se font concurrence, chez qui les stationnements sont pleins, alors que les gens en ressortent avec des paniers pleins de choses inutiles qui les rendent toujours moins libres parce que plus dépendants.
Notre insécurité maladive fait tout le reste. Ça vient cimenter le peu de confiance qu'on a dans notre rapport aux choses, aux gens, à notre société. Ça vient confirmer notre impuissance à agir. Il faut se battre contre ça. De toutes nos forces.
Je partage entièrement l'opinion de Zoreilles.
On a ce qu'on mérite ou on mérite ce qu'on a?
J'ai passé une semaine horrible avec une cousine dont la manette était le principal sport: valse hésitation entre LCN et je ne sais plus quoi! J'ai débranché mon appareil auditif pour ne plus rien entendre et j'ai ... lu et pris l'air!!! Au secours!
Je pense que c'est Aristote qui a dit que l'homme est un animal rationnel? Pas sûre!
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